Le burn out, se consumer de l’intérieur...

 

Epuisement émotionnel - désinvestissement - diminution de l’efficacité au travail - accumulation de stress relationnels…


Le burn out ou syndrome d’épuisement professionnel, est marqué par l’absence quasi-totale d’énergie. C'est un véritable phénomène de société, relayé de manière quasi quotidienne dans la presse.

Afin d’étudier le sujet de manière approfondie, il faudrait aborder l’axe sociétal pour le resituer dans le cadre d’une société de performance qui exerce une intense pression sur la personne, et ce dès l’enfance avec notre système scolaire. Le paramètre coût-efficacité détermine les champs sociaux et professionnels.
Sous l’angle philosophique aussi. Ainsi, Pascal Chabot affirme que le burnout « relève de la pathologie de civilisation ». Qu’il s’agit d’un « trouble miroir ou se reflètent certaines valeurs excessives de notre société ».
Freud lui même ne stipulait il pas, que les pathologies sont fonction des sociétés dans lesquelles elles prennent racine ?

 

Telles les névroses au XXe siècle ?


Dans un premier temps, identifié chez les soignants, les chercheurs se sont rapidement aperçus que le burnout s’étendait à tous les corps de métier. Même si les métiers d’aide à la personne, restent particulièrement exposés.
Le burnout, représente un véritable fléau pour la santé psychique de l’individu. Il semble pouvoir frapper tout un chacun, sans crier garde.

La fréquence des demandes de consultations dans ce cadre, m’incite à rédiger un article sur le sujet.

 

Petit historique…

 

Ce terme a été introduit par Bradley en 1969, pour qualifier des personnes présentant un stress majeur, en lien avec leur travail. Puis repris par Freudenberger en 1974. Son expansion est phénoménale. Il s’agit d’une accumulation de stress, d’exigences répétées où que l’on se donne à soi-même. Aucune stratégie d’adaptation (coping) n’est ici efficace. Le sujet est débordé, ne peut plus faire face, il s’écroule. Il se désengage et désinvesti la relation à l’autre. Ce qui représente la dimension interpersonnelle du burn out.

 

Au Japon, dès 1970, le burnout est reconnu comme pathologie professionnelle !

En 1980, Edelwich et Brodsky décrivent le burnout au travers de quatre stades distincts :

  • L’enthousiasme : extrême disponibilité et attentes irréalistes quant à son travail.
  • Ensuite vient un sentiment de stagnation, une vision plus réaliste de son travail.
  • Puis la frustration apparait, le travail n’étant pas suffisant à lui seul, pour combler sa vie. Remise en question de ses compétences, perte de confiance en soi, baisse de l’estime de soi.Le quatrième stade, est celui de l’apathie : dépression et indifférence (dépersonnalisation) se mettent à jour.

La majorité des chercheurs définissent le burnout comme étant un état ou un épisode. En effet, on relève des éléments dysphoriques (épuisement émotionnel, fatigue, sentiment de désespoir et d’impuissance). Une grande dévalorisation de soi. Une hostilité grandissante vis-à-vis d’autrui. L’irritabilité et l’agressivité complètent ce tableau clinique. Les personnes ayant des responsabilités et une forte volonté de contrôle sont plus exposées que d’autres au burnout.
Il s’agit de l’aboutissement final du stress, en lien avec l’activité professionnelle, alors que la fatigue ordinaire touche l’ensemble des activités, de manière globale.

Par ailleurs, les brimades, les mises au placard, le harcèlement au travail sont des facteurs prépondérants dans l’apparition du burnout.

 

Le burn out n’est à ce jour, nullement considéré comme un trouble, non classé comme pathologie psychique (ni dans DSM, ni dans CIM). Les chercheurs s’orientent aujourd’hui vers un diagnostic de trouble de l’adaptation. Le diagnostic est un réel problème. Le burnout est perçu comme un état ou encore comme un syndrome (ie une association de symptômes). Il faut prendre garde, à un état de malaise, à une souffrance qui se chronicise et qui épuise la personne. En effet, il existe un fort risque de développer une dépression de manière concomitante, un vrai risque de passage à l’acte suicidaire. De par cette extrême vulnérabilité psychique, il existe un risque patent de développer une pathologie psychique sérieuse.

En écoutant mes patients relater leur expérience douloureuse, exprimer leur mal-être, comprendre leur souffrance psychique, me vient à l’esprit qu’il s’agit finalement d’une nouvelle forme de guerre intestine, dans le cadre de l’Entreprise. Favorisée par un contexte de crise économique, qui accentue et aggrave les conflits internes, au sein des équipes, entre salariés et patron/salariés. Mes patients relatent majoritairement, le climat délétère dans lequel ils travaillent, les contrariétés qui s’accumulent jours après jours, les coups bas entre salariés. Ou une direction qui décide d’user jusqu’à la lie un salarié, afin de le licencier sans indemnités. En effet, épuisée la personne a tendance à faire des erreurs, à s’isoler, à devenir vulnérable et à ne plus savoir se défendre contre les attaques récurrentes dont il est l’objet.
La responsabilité des Entreprises nous semble engagée, et notamment dans le maintien de situations qui vont favoriser l’éclosion du burnout. Soit la mise en danger du salarié, son exposition répétée, sans protection. Une absence de cadre, des flous permanents dans la place et la position du salarié. Les Entreprises doivent être responsabilisées !

 

S’installe de manière insidieuse et sournoise, un sentiment de dépréciation, de dévalorisation. Le sujet se met à redoubler d’efforts, à travailler avec acharnement, tout en ayant l’impression de ne pas avancer, d’être de plus en plus débordé. Il a du mal à supporter son environnement professionnel, devient hypersensible à toute observation. Il peut devenir agressif. On observe alors de fréquents troubles du sommeil, des perturbations alimentaires, souvent un fort amaigrissement. Peut s’associer à ces troubles une dépression.

Se met en place un état de fatigue qui se chronicise. Un week-end de repos ou même une semaine de vacances, ne suffisent pas pour se rétablir. Le sujet a l’impression que son corps ne répond plus. Ces symptômes sont d’autant plus invalidants, qu’ils surviennent souvent chez des personnes à forte activité professionnelle, habituées à faire face à un rythme soutenu.


Survient un très grand épuisement psychologique, tout devient effort, couteux. Parallèlement, le symptôme de dépersonnalisation apparait, soit l’impression de ne plus rien ressentir et d’agir « comme un robot ».
La première des conséquences, est un arrêt de travail prescrit par le médecin traitant. La personne souffrant d’un burnout doit être extraite au plus vite de son milieu professionnel, sous peine d’aggravation de son état.

Lorsque je reçois un patient dans ce cadre, je l’averti qu’il ne s’agit pas d’une simple fatigue passagère, en effet il faut compter en moyenne, entre et 6 et 24 mois d’incapacité à travailler.
Il me semble que cette information est primordiale et à délivrer au plus vite au patient. En effet, celui-ci se dévalorise, se déprécie. L’estime de soi est au plus bas, et j’observe une forte culpabilité face à ce constat d’impuissance. Alors même qu’il s’agit d’une pathologie de l’épuisement, et que seul le repos complet, durant plusieurs mois, permettra, tout particulièrement, la guérison

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La démarche thérapeutique est la suivante : Un arrêt de travail prescrit par le médecin traitant (selon les cas, généraliste ou psychiatre) renouvelé si besoin est chaque mois, tant qu’on n’observe pas d’amélioration franche. Le médecin décidera de l’utilité ou non d’une prescription médicale médicamenteuse. Parfois, l’hospitalisation est indispensable, lorsque la personne nourrie des idées suicidaires, qui risquent de conduire à la tentative de suicide. Donc, en fonction de la gravité du tableau d’épuisement et des risques somatiques (AVC, infarctus…).

 

Parallèlement, le suivi en psychothérapie s’avère indispensable. Aider la personne à comprendre sa pathologie, donner un sens à ses symptômes. Accepter son état de fatigue et savoir prendre soin de soi.
La prise en charge psychothérapeutique vise à analyser la demande, et à effectuer un recueil sémiologique (analyse des signes et des symptômes de la souffrance), hypothèses et propositions singulières de soin. Le psychothérapeute est détenteur de connaissances sur la souffrance psychique, mais c’est le patient qui est détenteur du savoir sur sa souffrance. Au sein de l’alliance thérapeutique, le psychothérapeute guide et révèle le sujet à lui-même. Un cadre de travail bien circonscrit avec le patient, est un facteur de sécurité et de confiance en la personne du psychothérapeute.
De manière générale, les médecins préconisent de préférer en première intention les unités d’accueil de crises aux services psychiatriques conventionnels.
Dans tous les cas, je demande à mes patients de n’avoir aucun contact avec l’Entreprise qui l’emploie, y compris avec des collègues avec lesquels la personne s’entend bien. En effet, les appels téléphoniques, la consultation des mails, etc. contribuent très largement à maintenir cet état d’épuisement. Car ces contacts engendrent un stress très important de par la seule évocation du milieu professionnel. Il s’agit d’une véritable violence ressentie et vécue.

 

Majoritairement, les personnes ont la plus grande difficulté à accepter leur état. C’est cette acceptation, qui est un tout premier pas vers le mieux être. La reconnaissance de leur état est une des priorités de la psychothérapie, ce qui va permettre une restauration narcissique. La psychothérapie porte essentiellement sur la reconstruction de l’équilibre vital intérieur et extérieur.
Il faut aussi inciter les patients à développer la sphère personnelle. Avec plus de temps pour les loisirs et les relations humaines. Il faut retrouver le plaisir à faire et à penser dans d’autres cadres. Le travail n’étant pas la seule priorité dans un chemin de vie.


Enfin, le travail analytique portera aussi sur les blocages inconscients du sujet.

Dans le burnout, le stresseur est la cause externe (ex. un supérieur autoritaire). Le sujet va exacerber ou freiner ce stress. Le cycle du stress est une spirale ascendante. Et comme majoritairement, le sujet refuse de percevoir ses symptômes, la spirale continue à monter jusqu’à ce que tout s’effondre.
De manière concomitante, il existe un fort risque de dépression. Ici le cycle de stress est une spirale descendante, soit un écart trop grand entre ce que je devrais faire et ce que je peux faire ! Le psychisme réagit au stress par le découragement.
Et, plus le burnout est sévère, plus la probabilité de dépression est forte.
L’expérience professionnelle peut avoir un impact traumatique sur la psyché de la personne. Elle est en état de choc. Il faut l’aider à reconnaitre cet état. De nombreuses recherches établissent un lien entre burnout (chronicisation) et stress post traumatique (aigue).

 

Majoritairement, mes patients sont suivis par un médecin psychiatre ou généraliste. Le médecin conseil de la sécurité sociale, le médecin du travail. Entre dans ce circuit l’avocat, qui au-delà de l’aspect légal et professionnel, fait partie intégrante du processus de restauration du sujet, en légitimant par le recours à la loi, sa souffrance psychique.

Lorsque le patient semble apte à reprendre son travail, le médecin traitant peut décider des conditions d’aménagement du travail. Par exemple avec un mi-temps thérapeutique ou un temps partiel. La poursuite de la psychothérapie est indispensable. Il est parfois pertinent d’envisager un changement de site de travail, de poste ou même d’entreprise.
En effet, de nombreux témoignages de patients, soulignent qu’il leur est parfois impossible de se rendre sur leur lieu de travail. Peuvent apparaitre des symptômes de type phobique (peur, évitement), de l’anxiété, de l’angoisse voire une attaque de panique.

 

A l'issue du burnout, peuvent éclore différents troubles psychiques, tels : l'anxiété, des crises d'attaque de panique, une vulnérabilité psychique durable...

 

 

 

Quelques témoignages utiles de mes patients…
 

Madame D. 51 ans. Cadre dans une grande entreprise

Elle décrit ainsi ses premiers symptômes : "aucun consciemment avant de tomber comme un pantin désarticulé, avec plus aucune résistance physique, nerveuse, morale, émotionnelle, affective. On détermine et on comprend ses symptômes à partir du moment où la maladie est déclarée, et surtout pas sans une aide extérieure: médecin/psy". On réalise que les symptômes étaient là, latents, mais on ne s'écoute pas. L'être humain est fait d'espoirs au quotidien, on connait tous cette expression: "Cela ira mieux demain..."

"Une fatigue inhabituelle, pleurs, baisse de moral, repli sur soi. Tout juste l'envie de prendre RV chez le médecin. On a du mal à sortir de son lit. Une anxiété accrue, crise de panique, incompréhension sur son état, malaise, culpabilité. Comme dans un brouillard".

"Huit mois d'arrêt au total : après beaucoup de repos et de délestage verbal, d'analyse et d'acceptation vers un psychothérapeute. Les différents traumatismes professionnels et personnels, font partis de nous, mais compris et acceptés, ainsi que les dommages. Je peux aujourd'hui enfin me considérer en mode "renaissance" Cela fait du bien de penser constructif et positif."

Lorsque j'évoque ses proches " d'instinct, j'ai limité mon entourage. Parce que mes deux amies m'ont appelées au début de ma maladie et ont été présentes. Concernant ma famille, elle n'a jamais été présente".

Par rapport au climat de son lieu de travail "Délétère! Manageur direct et esprit d'équipe vicieux. Moqueries, bêtises, perfidies, diffamations, isolement prémédité, propos dénaturés, insultes ouvertes ou déguisées, accusations mensongères, etc.. A répétition".

Madame D. doit reprendre à présent son travail, "oui, c'est source de cauchemars. Mes questions : Vais-je rencontrer le même type de comportement malgré un changement de site de travail? Vais-je être pénalisée dans ma carrière? Vais-je être à la hauteur de la tâche physiquement et intellectuellement? Comment vais-je assimiler le stress ambiant?"

Madame D. estime que le corps médical a suffisamment pris en considération son état "J'ai la chance d'avoir le médecin et le psy...Chacun dans leurs vocations respectives, professionnelles et humaines. Sans oublier le médecin de la sécu."

Les idées noires..." Non, même fortement déprimée, la vie a toujours primé".

Madame D. souhaite terminer par un proverbe africain "Quand un arbre tombe, on l'entend. Quand la forêt pousse, pas un bruit"

A présent, je suis toujours en psychothérapie madame D. Il s'agit de l'accompagner dans le cadre de la reprise de son travail. Au fil du temps, nous espacerons les séances. La prise en charge se finalisera lorsque madame D. aura suffisamment repris confiance en elle pour être autonome.

 

                                                                             

Madame L. 42 ans. Cadre technique dans une PME

Mon burn-out a commencé par des maux physiques intenses (maux de tête, maux d’estomac…). Ce sont ces maux qui m’ont en fait poussée à consulter mon médecin traitant. Bien que très rapidement diagnostiquée par mon médecin comme étant victime d’un syndrome dépressif et non pas d’une pathologie physique, j’ai mis des semaines à comprendre et accepter cet état, persuadée qu’il était impossible qu’un tel épuisement puisse être le seul résultat d’une « maladie » psychologique
sans aucune autre cause physique. En fait, mon corps a littéralement lâché.

Au pire moment de la crise, tout geste de la vie quotidienne est devenu impossible à réaliser. Prendre une douche le matin, était un acte physiquement douloureux ! De même, je n’avais plus aucune envie… Lire, regarder la télévision, écouter la radio ou participer à une discussion étaient impossibles car source d’épuisement. Je restais allongée toute la journée sans pouvoir ne rien faire, sans même être capable de réfléchir ou de ressentir quelque chose, toujours en état de somnolence et de malaise.

A ce moment, ma pire angoisse a été de ne pas arriver à m’en sortir. Totalement réticente au fait de prendre un traitement médical, j’avais non seulement peur d’être condamnée à rester dans cet état léthargique mais aussi de devenir dépendante des médicaments prescrits.

En fait, le sevrage a été beaucoup plus facile que l’adaptation aux médicaments. En revanche, je n’ai jamais eu d’idée
suicidaire car ma seule préoccupation était de redevenir celle que j’étais « avant », dynamique et volontaire. J’ai également perdu beaucoup de poids (8kg en un mois) pendant cette période, ajoutant considérablement à ma fatigue.

Mon milieu de travail était clairement hostile. Mais habituée à ne jamais m’écouter (tant physiquement que moralement), à toujours avancer sans me plaindre, je n’ai pas pris conscience du harcèlement passif et de l’isolement dont j’étais victime. Je me suis persuadée de les accepter et j’ai même continué ce processus d’isolement. Pourtant, les derniers jours où je suis allée au travail, j’étais totalement angoissée. Il a fallu les mots de la psychologue pour que je réalise que cette situation était effectivement insupportable.

Quant à mon conjoint, il a mis du temps à comprendre et tenir compte de mon état. Il a longtemps pensé qu’il s’agissait d’une fatigue, certes plus intense, mais passagère.

J’ai eu la chance d’être rapidement diagnostiquée et prise en charge médicalement et psychologiquement. En effet, mon médecin m’a très vite recommandé une psychothérapeute. Je pense que les deux thérapies associées sont indispensables à la guérison. Si la prise de médicament est aujourd’hui finie, la prise en charge psychologique m’aide encore beaucoup à comprendre et corriger certains mécanismes mis en place depuis de nombreuses années.

Après analyse, je prends mon burn-out comme un avertissement, une prise de conscience que nous ne sommes que des humains.

Aujourd’hui, je cherche encore quelle voie sociale je vais prendre. Reprendre ou non une activité professionnelle. Bien sûr, certaines peurs seront présentes si je retourne dans cette société mais maintenant je me connais mieux. Je connais mes failles. A moi de m’imposer.